L’adoption de « nouveaux » noms: une démarche utile pour les afro-descendants?


Un article intitulé « D’où viennent les noms de famille des afro-antillais? » a été publié il y a quelques mois sur ce blog : celui-ci est une suite car il serait dommage de rester sur un sentiment négatif. Bien sûr tous les points de vues sont compréhensibles: une majeure partie pensera que le passé c’est le passé et que nous sommes ce que nous sommes, point barre. Votre point de vue est respecté et à travers cet article ne voyez aucun jugement de ce qui est et de ce que nous sommes, juste une interrogation à laquelle vous êtes invités à participer si vous voulez.

Toby or not Toby?

En complément à l’article cité dans l’introduction, voici une vidéo tirée de la série américaine culte « Roots » (Racines), adaptation du roman du même nom d’Alex Haley inspiré de sa propre vie (on en parlait ici). Il y retrace la vie d’un de ses aïeuls africain capturé et réduit en esclavage par des « américains » ainsi que celle de sa descendance jusqu’à aujourd’hui. La scène suivante est tout aussi culte que la série surtout qu’elle est lourde d’émotions et nous parle directement, afro-antillais également issus de ce système: Kunta Kinte, dont le nom revêtait une importance et une valeur inestimable est contraint par le fouet de s’appeler… Toby (âmes sensibles s’abstenir).

Après avoir visionné cette vidéo, vous comprenez sans doute immédiatement le sens du questionnement… En gros le monde va vite, nous pensons tous avancer en pensant que la page du passé a été définitivement tournée, mais « y avons-nous perdu une partie de nous même »? Etant donné que nos ancêtres ont été déshumanisés et contraints d’adopter des identités les déracinant totalement des civilisations auxquelles ils appartenaient à l’origine.

La symbolique du nom

Alors jusque là, on pourrait se dire « bon il faut avancer ce ne sont que des noms ça va! »: calmons nous…à travers ce paragraphe on cherchera à justement savoir ce que représentait le nom pour nos ancêtres. En Afrique, le nom a toujours eu une valeur inestimable et cela se vérifie jusqu’à maintenant. Bien sûr, il s’agit d’un énorme continent mais certaines pratiques et traditions sont suffisamment répandues sur le continent pour qu’on puisse parler de « tradition africaine ». L’extrait qui va suivre est issu d’un article de blog intéressant dont le lien sera a la fin de l’article [1]:

« Dans l’Education Traditionnelle Africaine, attribuer un prénom à un enfant, est un geste qui n’est pas un fait au hasard. Le prénom est non seulement pour la désignation d’un individu, mais il porte une certaine théologie, sinon une histoire, qui est en quelque sorte l’identité de celui-ci. Les prénoms proviennent en général de l’ethnie de laquelle on vient. Ils ont une signification bien précise qui remonte au moment où il a été donné. […] Le prénom fait partie de l’identité, si bien que « normalement », il ne doit pas être attribué n’importe comment. Notre prénom est aussi un message qui se véhicule inconsciemment dans la société dans laquelle nous sommes. En Afrique, tout ce faisait dans une cohésion à tel point que rien n’était initié au hasard. L’africain donnait sens à tout ce qu’il faisait. Ainsi, le fait de nommer un enfant n’était pas laissé au gré des parents ou seulement de l’entourage. Le prénom, qui est en fait l’identité de l’individu, retraçait toute une histoire, qui pouvait servir de referendum pour les contemporains.[…] Cela étant, il sied de retenir qu’au lieu d’être une simple nomination, le prénom révèle non seulement l’ordre d’arrivée de l’enfant et le jour de la naissance, mais aussi l’histoire de ce peuple, question de se souvenir des ancêtres. Le prénom donné à l’enfant, peut également lui procurer un bonheur voulu par la famille (la chance) ou traduire le désir, le projet des parents sur cet enfant. »


Ce site n’est sûrement pas le premier ni le dernier endroit ou vous retrouverez ces interrogations, d’ailleurs de tout temps des intellectuels ou des « simples personnes » comme vous et moi ont entamé la démarche de changer de nom. Aux Etats-Unis, pour ne citer que deux exemples parlants, Malcolm X (anciennement Malcolm Little) et Mohamed Ali (anciennement Cassius Clay) ont changé de nom dans le but « d’effacer leur nom d’esclave ».

Voici une vidéo fort interessante du professeur Omotunde tirée d’une de ses interventions sur une chaîne de télévision guadeloupéenne ou il s’exprime à propos de la « décolonisation des noms ».

Objectivement, la démarche est dans un premier temps plus spirituelle et personnelle qu’autre chose: la question n’est pas forcément d’entamer des démarches de changement d’état-civil et de batailler face à ses proches incompréhensifs pour se faire appeler différemment. Si changement il doit y avoir, il sera surement plus facilement applicable aux futures générations: pour cela, vous retrouverez en complément, juste pour la culture personnelle, l’article d’un autre site qui liste plusieurs idées de prénoms africains pour les enfants et leur signification [2].

Que pensez vous à ce sujet? N’hésitez surtout pas à faire part de votre avis qu’il soit positif ou négatif, voir même mitigé !


[1] https://quartierlatin1.wordpress.com/2015/09/10/la-place-du-prenom-dans-leducation-traditionnelle-africaine-cas-des-mina-daneho-togo/

[2] https://afrikhepri.org/de-beaux-noms-africains-pour-nos-enfants-et-leurs-significations


2 Comments

  1. Je tenais à vous remercier du fond du coeur pour ce beau partage qui fait prendre conscience sur ce que nous sommes , connaître son histoire afin de mieux avancer, est la meilleure des choses.

    Étant de confession X, une religion opposée à celles de mes ancêtres , je suis en plein cheminement de mon nom et prénom « originelle » par rapport à la religion que mes ancêtres pratiquaient (religion pré-coloniale).

    Merci infiniment pour ce partage.
    Hâte de vous lire dans d’autres articles.

    Bonne continuation.

    Amosis.

    • Merci pour votre commentaire, ça fait toujours plaisir 😉 le changement sera long et se fera surement sur plusieurs générations. L’essentiel est la prise de conscience que nous sommes le fruit d’un long processus souvent subi et que nous avons aujourd’hui le pouvoir de changer.

      Dans tous les cas, aucun choix de vie ne doit être culpabilisant (religion, tradition etc.) tant que nos intentions sont sincères. La démarche est personnelle et permet se s’aligner en honorant nos propres ancêtres et en reprenant notre destinée en main.

      Bonne continuation dans votre démarche

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