Les influences antillaises dans le rap


Avant d’aborder le sujet de l’influence caribéenne sur le rap français, il est important de replacer le rap dans son contexte au niveau international. A la base, il est mondialement connu que le rap est né aux Etats-unis, ce qui est vrai (on ne rentrera pas dans les détails sur l’histoire du rap) mais si on remonte à la source, les origines du rap pourraient se trouvent   en Jamaïque  dans la mesure ou un DJ Jamaïcain -DJ Kool Herc- ayant immigré aux Etats-unis en a introduit les premiers rythmes au cours de soirées qu’il animait . De toute façon, le rap américain tel qu’on l’a connu n’a jamais cessé de puiser une partie de son inspiration dans la Caraïbe (et vice versa ). Il y a une interdépendance des deux genres musicaux qui permet à chacun de constamment se renouveler.

Le rap US s’inspire de la musique jamaïcaine…

Au début des années 90, aux débuts du gangsta rap, propulsé par des rappeurs comme Eazy-E ou Ice Cube entre autres, on ressentais déjà dans la façon de kicker une similitude avec la manière dont certains jamaïcains toastaient. Il est vrai qu’à cette même époque, le dancehall franchit déja la mer des Caraïbes et connait un vrai succès grâce à des artistes comme Barrington Levy avec le titre « Here I come »,  Mad Cobra avec « Flex » ou Shabba Ranks, jamais sans ses bijoux imposants. Quelques feats entre têtes d’affiches de l’un et de l’autre pays avaient déjà lieu (comme par exemple Bounty Killer feat Busta Rhymes lui même né de parents jamaïcains).

La musique jamaïcaine à cette époque fait rêver mais reflète une réalité loin des clichés que les américains pouvaient imaginer car dans la plupart des titres il est plus question de possession d’armes de guerre et de règlements de comptes que de cocotiers et plages turquoises.

Le rap à toujours été une musique dépeignant l’univers de la rue -la plupart du temps-, et venir du ghetto est parfois l’un des critères décisifs pour faire bâtir une carrière basée sur la « street credibilité ». Venir d’une ville comme Compton, ou le taux de criminalité atteint des plafonds, est plus prometteur que d’avoir grandi dans le quartier de l’oncle Phil (Le prince de Bel’air). C’est pour cela que les rappeurs américains ont toujours été fascinés par l’univers de la Jamaïque, tristement connue pour son taux de criminalité monstrueux et ses légendaires « Shottas » qui en font fantasmer plus d’un. La Jamaïque est également inconsciemment associée à la fumée des joints: c’est un cliché incontournable de cet île.

Plus sérieusement vers les années 2000, les collaborations entre rappeurs US et MC’s jamaicains ont commencé à bien se démocratiser, de plus les refrains style « dancehall » étaient à la mode. Le film culte « Shottas » n’y est pas pour rien car il a contribué à rendre les ghetto jamaïcains « attrayants » (pour les rappeurs).

Shyne a été l’un des premiers rappeurs US de cette vague à collaborer avec un artiste de Jamaïque ( Barrington Levy) et y tourner un clip. Il s’en sont suivi d’autres (la liste est trop longue) dont par exemple: Juelz Santana-Shottas (ft. Sizzla), ou Guerilla Black feat Beenie Man – Compton.

Un peu plus tard, le dancehall a contaminé les States grâce à des artistes jamaïcains comme Shaggy -déjà connu depuis les années 90-, Sean Paul (superstar aujourd’hui) ou encore Elephant Man qui ont placé d’énormes hit dans les charts. A cette époque la, les rappeurs se les arrachaient. Aujourd’hui, ce sont des artistes d’origine Caribéenne comme Rihanna ou Nicky Minaj qui réinjectent cette fameuse vibe dans la musique populaire. Des artistes comme Drake ou Tory Lanez se l’approprient d’ailleurs pour donner une touche fruitée à leur musique.

…et inspire le rap français

Même si le rap français est directement influencé du rap US, ce serait trop facile de dire que les rappeurs se sont contentés de pomper ce qui se faisait aux States. La population des quartiers populaires d’ou a émergé le rap français est composée de personnes de diverses origines dont l’origine Antillaise.

L’influence dancehall venait donc à la fois des hit jamaïcains à la mode mais également directement des Antilles françaises. Par exemple Joey Starr et LordKo, d’origine martiniquaise, ont toujours eu cette touche dancehall qui les caractérisait, et c’était également le cas de Blacko (d’origine réunionnaise) depuis ses débuts ou encore de Kery James (Haïtien/Guadeloupéen).

On peut dire que le « ragga » a toujours fait partie du paysage français, d’ailleurs Daddy Mory (Malien/Martiniquais) a connu l’apogée avec le groupe Raggasonic jusqu’à atteindre le disque d’or avant la crise du disque (les critères d’obtention étaient plus drastiques qu’aujourd’hui). Il y a aussi eu des groupes comme Saïan Supa Crew qui mélangeait déjà français et créole dans certains de leurs titres.

C’est donc tout naturellement que les collaborations avec les Antillais (ayant grandi aux Antilles) se sont faites. Parmi ces collaborations on peut citer plusieurs feats avec le pionnier Admiral T :Diam’s avec « les mains en l’air » (2006), Rohff avec « Bling Bling » (2004) ou Kery James avec « promis à la victoire » (2009).

Il y a aussi déja eu quelques feat avec des Jamaïcains. Par exemple, en 2008, Rohff invite Junior Reid sur « Progress » (Clip tourné en Jamaïque) et Booba invite DeMarco sur « Bad Boy Street ». C’est le début d’une longue histoire entre la musique urbaine française et antillaise.

La mode des « West-Indies remix »

Aux alentours de 2010, après la participation réussie d’Admiral T sur le « Bafana Bafana remix » de la Fouine, ou de Riddla sur le remix de « mauvais garçon » de Booba, une nouvelle mode a commencé à voir le jour au début de la décnnie: les « West indies remix ». En gros, un titre marche bien, on le remix avec des invités antillais: ça a été le cas avec le remix de « Zlatana » de Rohff et « Paname Boss » de La Fouine.

Les antillais prennent le rap français en otage

On vit en plein dans la période ou les rappeurs français, ayant fait le tour des sujets ou des décors de clip liés au milieu urbain(bitume, décors sombres, caves etc.), puisent leur inspiration de nos îles, notamment en venant y tourner des clips et profitant du climat de violence qui y règne, à l’image des rappeurs US 10 ans plus tôt avec la Jamaïque. Inutile de parler du succès actuel des artistes comme Kalash, qui sont actuellement en train de tout rafler en France.

Le rap français se retrouve aujourd’hui mis face à une partie du monde dont il s’inspirait discrètement, chose qui n’est plus possible à une époque ou les antillais sont de plus en plus présents sur l’hexagone et investissent les milieux urbains. De plus une bonne partie des beatmakers les plus en vogue sont antillais et le mouvement trap/rap antillais ne cesse de prendre de l’ampleur , ce qui laisse supposer que la vibe caribéenne n’a pas fini d’envoûter les amateurs de rap, exemple: Niska- Salé (produit par le guadeloupéen Pyroman).

Booba disait dans une interview que la France c’est les Etats-Unis avec 10 ans de retard,il n’avait peut-être pas tord.


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