A qui profite le business du Rhum en Martinique?


Ce blog s’intéressant à la condition afro-caribéenne, le but est avant tout de se demander en quoi cette industrie nous profite. La recherche n’est pas assez poussée pour donner des chiffres précis sur ce que rapporte le rhum financièrement, cependant, on peut tout de même s’intéresser à d’autres aspects de la rentabilité.

La Martinique est mondialement connue pour son rhum agricole bénéficiant depuis une vingtaine d’années du label A.O.C. (Appellation d’Origine Contrôlée), gage de qualité le démarquant des autres sur le marché, de part son procédé unique de production. Une question se pose tout naturellement, étant donné qu’il s’agit d’une production locale, à qui profite ce business qui génère chaque année -on peut se permettre de le supposer- des sommes non négligeables?On recense à ce jour sept distilleries actives en Martinique, un peu réparties sur toute l’île. Certaines d’entre elles participent à l’élaboration de distillat pour d’autres producteurs qui ne sont pas ou plus en mesure de distiller.
Les marques ne seront pas forcement  citées dans l’article car l’objectif de ce site n’est en aucun cas de faire l’apologie de l’alcool*.
  • Un passé florissant…pour de riches familles françaises

Dans de grandes villes portuaires comme Nantes ou Bordeaux, on peut observer de nombreux vestiges de la période esclavagiste. En effet ces villes ont été des haut lieux du trafic d’être humains vers les Antilles. Dans ces villes, une poignée de familles nobles ont hérité des richesses de leurs aïeuls.

  

Notons tout de même qu’à Nantes, des associations comme « les anneaux de la Mémoire » -co fondée par le Martiniquais Octave CESTOR- font un travail important de recherche et d’éducation afin de faire accepter ce passé douloureux et le partager de façon à sensibiliser notamment sur le trafic d’être humains dans le monde. Un mémorial y à d’ailleurs été inauguré  à l’initiative de Mr. CESTOR après nombreuses années de détermination.

 

  • De grands groupes français aux manettes

Il faut savoir que, bien que l’industrie du rhum soit héritée du passé esclavagiste de la Martinique, la plupart des distilleries sont passées au main de groupes commerciaux de France « métropolitaine » .

Parmi ces groupes, on pourrait citer le groupe Chevrillon -géré par la famille du même nom- ainsi que la société « La Martiniquaise » gérée par Jean-Pierre Cayard.

La société « La Martiniquaise » -qui n’en a que le nom- a racheté trois distilleries cette dernière décennie.

Des familles métropolitaines, s’étant installées en Martinique au cours du 20e siècle, font aussi partie de ces propriétaires: c’est par exemple le cas de la famille Crassous de Medeuil, propriétaires de la distillerie du Macouba depuis le début du 20e siècle, ainsi que la famille Neisson au Carbet qui ont pu bâtir des entreprise familiale « en partant de rien », c’est à dire n’ayant pas profité de l’exploitation d’une main d’oeuvre gratuite pendant l’esclavage et été indemnisé pour pallier au manque à gagner causé par l’abolition de l’esclavage.

  • Quelques familles békés

Deux marques de rhum martiniquais ont été rachetées dernièrement par le groupe GBH, ce dernier qui a d’ailleurs récemment fait l’acquisition d’une distillerie à Sainte-Lucie 

Cela paraît sans doute évident mais le reste des distilleries est aux mains de propriétaires békés. Ce n’est d’ailleurs qu’une suite logique à l’histoire, qui n’a d’ailleurs aucune raison de s’arrêter vu l’engouement autour du rhum, aussi bien au niveau international que local.

Concrètement, vu que ce blog s’interroge au sujet de la condition afro-caribéenne, la question est de se demander: Etant donné qu’il n’y a aucun propriétaire de distillerie afro-antillais, en quoi le peuple bénéficie-t-il de ce business?

  • Des centaines d’emplois fixes

Certains martiniquais, comme les samaritains, ont un rapport culturel très fort avec l’usine de leur commune, d’une part parce qu’ils ont grandi avec ce décor et d’autre part parce qu’à Sainte-Marie, pratiquement tout le monde connait une personne qui travaille à l’usine: c’est une institution d’autant plus qu’on y trouve le musée du rhum. Les producteurs de canne à sucre sont également gagnants dans cette filière, bien que les prix de vente ne dépendent pas de leur volonté, mais plutôt de celle des usines (sucre) et distilleries (rhum).

Pour finir, de nombreux emplois sont également occupés dans le tourisme, car les habitations d’anciens maîtres sont des témoins du passé de l’île et de la vie d’avant, mais en version édulcorée: le touriste sera plutôt amené à se mettre à la place du maître , on ne vous y parlera peu de la douleur du fouet et autres détails pas très vendeurs.

  • Du rhum « noir »?

Une marque de rhum  avait été créée  par des descendants d’esclaves à la fin du 19e siècle dans la commune du Carbet et était une véritable « success-story » à en croire les témoignages surtout que leur famille avait lutté pour en rester propriétaires. Cette entreprise avait cessé son activité pendant une vingtaine d’années pour resurgir dans les années 90: il s’agit du rhum « Héritiers Madkaud » et apparemment il serait toujours en vente.

Le rhum ne disparaîtra jamais de nos paysages, étant donné qu’il fait partie intégrante de la vie de nos îles. Restons  honnêtes, ici le « ti punch » est une institution et le rhum est utilisé dans énormément de préparations culinaires. Il faut donc apprendre à composer avec cette économie et comprendre ses aspects afin d’en tirer le maximum, car la puissance économique des grands groupes métropolitains et békés, mine de rien, l’impose.

Notons quand même que beaucoup de postes techniques sont occupés par des afro-descendants, mais la solution pour plus d’élévation serait sans doute un meilleur accès à la formation d’ingénierie et de gestion économique qu’afin peut-être un jour qu’une petite part de cette industrie soit intégralement aux mains d’afro-descendants.

*L’abus d’alcool nuit gravement à la santé et l’alcoolisme fait des ravages dans nos îles.


2 Comments

  1. Le rhum blanc ne se vendait plus à l’export depuis au moins la seconde guerre mondiale. les distilleries ont fermé avec des concepts dépassés et un seul modele de bouteille comme Hardy, Courville il y a eu un changement de bouteille et de packaging .
    Et surtout tout le passage au rhum vieux 8/20 ans d’âge dans des packaging dignes de bouteilles de vieux whiskies Ecossais et des mélanges de crus, des finitions en futs usés de spiritueux qui ont fait la différence.
    La bouteille passant de 7 a 50/75 euros c’est autre chose. Tour cela sous l’influence de Neison et de GBH . Les rhums Clement appartenant a un afro-descendant ont fait faillite et ont été récupérés par GBH avec le succès que l’on sait. C’est l’AOC, la pluie de médailles internationales, le travail des maitre de chaix, la formation des cadres qui ne sont plus seulement des fils à papa mais des diplômés de grandes écoles. Les cannes sont coupées à la machine et récoltées comme le blé par deux engins et deux hommes Il suffit de visiter les distilleries et les chaix. Les afro descendants ont crée des groupes dans d’autres domaines comportant des risques financiers et climatiques moins importants comme dans l’import et les services.

    • Merci d’avoir laissé ce commentaire instructif et d’avoir partagé vos connaissances!
      Les compétences de tel ou tel groupe ne sont pas mises en cause dans cet article donc il est dans votre bon droit de défendre les personnes que vous souhaitez… Comme il est dit dans l’article, « Notons quand même que beaucoup de postes techniques sont occupés par des afro-descendants » donc jamais il n’a été question de l’ignorer et c’est d’ailleurs une très bonne chose.
      L’article a pour but de rendre certaines choses plus transparentes et faire prendre conscience au consommateur qu’il a un pouvoir, donc libre à lui d’être plus cohérent ou pas dans certains cas.

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